Il y a au Musée du Louvre, une œuvre de Giotto représentant Saint-François d'Assise recevant les stigmates. Elle montre le Saint agenouillé, les bras levés, comme s'il était sous la menace d'un revolver, et regardant avec inquiétude un petit Christ volant dans le ciel. Des plaies du Christ partent des rayons aboutissant au corps du Saint, de la main à la main, du pied au pied, de blessure à blessure.
         Cette peinture pourrait bien être une allégorie du graveur qui, touché par la grâce de l'inspiration, se trouve lui-même gravé. L'auréole dorée du Saint évoque d'ailleurs assez précisément la plaque de cuivre. A la fois graveur et peintre, Guillain Siroux me fait penser à Saint-François d'Assise. Il en a la sérénité, la simplicité, la candeur. Et comme lui, il entretient des relations étroites avec la nature, même s'il converse plus facilement avec les minéraux qu'avec les oiseaux, et s'il fréquente plus volontiers les comptoirs de bistro que les autels d'église. Là s'arrête la comparaison. L'inspiration de Guillain ne descend pas du ciel. Elle monte de la terre, les terres et des choses. Les plaies du paysage, le froissement des roches, les glissements de terrains l'ont à jamais impressionné. Toute cette misère topologique, il la transforme en splendeur. Passant paisiblement de la gravure aux peintures sur toile ou sur papier froissé, de la sculpture à la poterie, ses œuvres portent la marque d'une originalité absolue. Dépouillées mais baroques, austères mais subtiles, élégantes, sophistiquées. Et pourtant, Guillain n'a pas de système, il déteste autant les dogmes que les discours pédants. C'est un rêveur au ras du sol ou bien un réaliste évaporé. Un Saint Peintre.
 
ROLAND TOPOR